Management
Quinze nationalités, une langue de travail qui n'est celle de personne
Une responsable d’équipe dans une fédération professionnelle européenne installée à Bruxelles. Onze collaborateurs, quinze passeports si l’on compte les doubles nationalités. Tout le monde travaille en anglais, et personne, elle comprise, n’est de langue maternelle anglaise.
Le vocabulaire ne pose aucun problème. Les réunions sont fluides, les documents sont clairs. Et pourtant, elle a le sentiment que certains membres de l’équipe ne lui disent jamais quand quelque chose ne va pas, que d’autres prennent ses suggestions pour des ordres, et que d’autres encore prennent ses ordres pour des suggestions.
Une langue commune, des attentes différentes
Bruxelles est l’une des villes où cette situation est la plus ordinaire. Institutions européennes, représentations, fédérations, sièges de groupes internationaux, organisations non gouvernementales : beaucoup d’équipes y réunissent des parcours professionnels venus de partout.
La langue commune donne l’impression d’un terrain partagé. Elle masque ce qui ne l’est pas : les attentes implicites sur ce qu’est un bon chef. Pour certains, un manager doit trancher et assumer ; le consulter longuement est un signe de faiblesse. Pour d’autres, un manager qui décide sans consulter manque de respect. Pour certains, contredire un supérieur en réunion est normal et même attendu ; pour d’autres, c’est impensable et se fait en privé, ou pas du tout.
Aucune de ces attentes n’est dite, parce que chacun les tient pour évidentes.
L’anglais entre non-natifs
L’anglais de travail entre non-natifs a de vraies qualités : il est simple, direct, et il met tout le monde sur un pied d’égalité relative. Il a aussi une limite précise. Les nuances qui portent un désaccord poli — « ce serait peut-être intéressant de réfléchir encore » — sont souvent perdues. Ce qu’un collègue voulait dire comme une objection est entendu comme une remarque secondaire.
Le manager qui s’en rend compte change deux habitudes : il reformule les réserves qu’il croit entendre (« si je comprends bien, tu penses que ce n’est pas prêt ? ») et il vérifie les accords apparents par écrit. C’est le même mécanisme que dans une équipe bilingue francophone-néerlandophone, à une autre échelle.
Rendre les règles du jeu explicites
La réponse la plus efficace est aussi la plus simple : écrire les règles du jeu que chacun croyait partagées. Qui décide quoi ? Comment exprime-t-on un désaccord, et à quel moment ? Quel délai de réponse attend-on ? Comment donne-t-on un feedback, et comment préfère-t-on le recevoir ?
Cet exercice paraît scolaire. Il produit presque toujours des surprises, et elles sont utiles. Il profite à tout le monde, y compris à ceux qui pensaient que leur manière de faire était la seule. Les techniques de feedback entre collègues prennent ensuite leur sens, parce qu’elles s’appuient sur des attentes connues.
Les nationalités comme hypothèses, pas comme conclusions
Les grilles culturelles par pays ont leur utilité : elles aident à formuler une hypothèse quand un comportement surprend. Elles deviennent nuisibles dès qu’on les applique comme une conclusion. Deux collègues de même nationalité peuvent avoir des attentes opposées, et le parcours professionnel pèse souvent davantage que le passeport.
C’est pourquoi les outils qui décrivent des préférences individuelles, comme le DISC, fonctionnent bien dans ces équipes. Ils parlent de ce que fait la personne, pas de ce que ferait « un Italien » ou « une Suédoise ».
Beaucoup de ces managers pilotent en outre sans autorité hiérarchique directe, avec des experts détachés ou des groupes de travail : c’est un point que traite aussi la formation Les outils du manager leader.
Questions fréquentes
Faut-il former une équipe internationale aux différences culturelles ?
Une présentation des « cultures nationales » est rarement utile et souvent contre-productive, car elle fige des stéréotypes. Ce qui aide est plus concret : travailler en équipe les règles de fonctionnement explicites — prise de décision, désaccord, feedback, délais — et donner à chacun un vocabulaire pour dire ce dont il a besoin. Le DISC y contribue bien, parce qu'il parle de préférences individuelles plutôt que de nationalités.
Dans quelle langue former une équipe internationale à Bruxelles ?
Le plus souvent en anglais, langue de travail de l'équipe. ABP anime aussi en français et en espagnol : pour un groupe majoritairement hispanophone ou francophone, choisir sa langue peut libérer une parole qui reste bridée en anglais. Les sessions ne sont pas animées en néerlandais.
Comment faire émerger le désaccord dans une équipe internationale ?
En ne comptant pas sur la prise de parole spontanée, qui avantage ceux dont la culture professionnelle valorise la contradiction publique. Faites écrire les positions avant d'en discuter, travaillez en sous-groupes, et demandez explicitement ce qui pourrait faire échouer une proposition. Ces formats donnent une place à ceux qui ne contredisent jamais un supérieur en réunion.
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